Avant-propos : ce livre (la suite de Supra-Negritude) était attendu par des milliers d’entre vous, depuis longtemps. Certains même n’y croyaient plus, et pourtant, la raison de ce retard est que, j’ai tout simplement, faute de temps (mes déplacements, mes activités politiques et professionnelles sur le continent), pris le temps pour produire un travail supérieur qualitativement parlant, à celui de son prédécesseur (pourtant déjà puissant, qu’était Supra-Negritude. Je ne m’excuserai pas du retard, car lorsque vous le lirez, vous me direz que la pensée est tellement dense que j’aurai pu attendre 5 ans pour le sortir, vous m’auriez pardonné. Le manuscrit est enfin terminé, le reste appartient à l’histoire, et à l’agora de la pensée. Je vous laisse ici, le premier extrait officiel (après l’introduction lancée il y a quelques mois).

1•  JAMAIS NOYÉ JUSTE EN APNÉE Kemi Seba, fin 2012, un an et demi après s’être installé en Afrique Obscure est la nuit, comme le jour, dans ces moments où tu ressens que la mort te fait la cour, et où la tristesse dessine les contours de ce parcours Ô combien sinueux que tu ne cesses d’arpenter. Se lever chaque matin, après de répétitifs cauchemars et se dire que tes prochains jours seront peut-être les derniers. Pourquoi en serait-il autrement, violent est mon départ, sans doute violente se devait d’être la période entourant mon inéluctable décès. En cette fin 2012, je vois la ligne d’arrivée se rapprocher, la détresse et la perte de soi se conjuguer au présent décomposé. Ou vais-je ? En enfer ? non pas exactement. En fait, c’est le KONGO, un paradis devenu infernal par la cupidité des hommes d’en haut, et la passivité de ceux d’en bas, qui voient leurs sols dépouillés jusqu’aux os, par des prédateurs qui rêvent d’un génocide sans trêves de notre espèce, dans cette région des GRANDS LACS où le MUNTU est astreint à la résidence du mental caniveau. Pays de Simon Kimbangu, l’un de nos plus GRANDS astres, qui avait prédit le désastre de la RDC, de notre peuple et de notre continent. Tellement riches nous sommes, mais devenus incontinents sur le terrain de la pensée, de l’éthique, de la dignité et de la défense de nos intérêts. Pourquoi le Kongo ? Juste que dans ce pays se trouve le Kivu, région dans laquelle se passe au quotidien, l’un des PLUS GRANDS CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ. LE VIOL DE NOS SŒURS COMMIS PAR LA BARBARIE DE CERTAINS DE NOS FRÈRES, avec les encouragements de l’oligarchie mundele.

Le viol de l’imaginaire, le viol de nos envies, le vol de notre esprit. Notre peuple connaît. Et je connais aussi. Quoi de mieux que de ponctuer sa vie viace par quoi on a commencé. Déposséder le corps d’autrui car tu n’as pas les capacités d’estimer celui que NZAMBE t’a donné. Pathétique arme de destruction individuelle dont j’apprends qu’elle sert désormais d’arme de désossements collectifs. Pauvres êtres, que sont ces militaires rwandais et congolais, agissant tels des gorets, qui n’ont rien à envier à la barbarie des esclavagistes marchands sur le port de ZANZIBAR ou à l’île de Gorée (même si l’on sait que ce qui s’est passé sur cette île est plus complexe que ce que la version officielle veut nous montrer). Je veux comprendre, je veux aller médiatiser ce qui se passe là-bas. Éloigner l’esprit du Nègre de Papa Wemba pour le rapprocher de KIMPA VITA, et poser le débat. Peu importe si je connais l’ultime dégât en allant là-bas. Je ne suis pas congolais, mais panafricain. Et en ce sens, l’hémorragie du Kivu rejaillit dans notre fédéral et africain destin. Qui m’a invité ? Chantal Faida, une sœur activiste tellement digne, honorable, qui lutte contre le viol des femmes au Kivu et contre la mainmise de l’oligarchie rwandaise sous contrôle de l’axe américano-anglo-israélien, qui voit d’un très bon œil cette éradication interethnique pendant que ces derniers peuvent se préoccuper d’aller cueillir nos pierres précieuses.

Malthusianisme à son paroxysme, telle est la froideur de l’Homme civilisé. Pourquoi accepter d’y aller, tout en sachant qu’aller dans cette région à risque et faire des interviews dénonçant ce qui se passe là-bas équivaut à aller dire dans une synagogue de la BNAI BRITH que la Shoah n’a pas existé. La vérité est la suivante, mon doute portant sur la nécessité et le but de la vie est devenu ma boussole, le seul sentiment me servant d’essence pour paradoxalement avancer. Ces images de clitoris déchirés, d’êtres brutalisés, de femmes contaminées volontairement par des militaires déshumanisés me font saigner et me rappellent que l’humain est mort, si tant est qu’un jour il soit réellement né. Le monde va mal, et j’y trouve une asymétrie avec ma période de mélancolie existentielle ponctuelle, d’être qui, derrière sa carapace d’Homme solide, se trouve être un individu qui du cœur ne cesse à ce moment de saigner. Bourbier du destin, emprisonné dans les méandres d’une Afrique qui n’a cessé d’allaiter l’Humanité, mais qui, aujourd’hui, souffre d’un cancer du sein que nul ne semble actuellement vouloir réellement enrayer.

[1er extrait de Black Nihilism : Sortie officielle le 11 septembre 2014]